Quand le rugby ouvre les frontières

Quand le rugby ouvre les frontières


En Argentine, avec Arnold Kibiadi

Arnold Kibiadi -2ème ligne -équipe Première (ancien joueur de Massy )-Centralien

 

 

 »Depuis mon retour sur Paris, c’est avec l’ACBB que je continue de jouer et de concilier mes études et ma passion. Le rugby a été pour moi un fil conducteur tout au long de mon développement personnel. Je pratique ce sport depuis l’âge de 10 ans. A l’époque c’était quasiment une étape obligatoire pour tous les enfants de Massy, ma ville d’origine. Ce que j’ai le plus apprécié avec ce sport dans ma jeunesse, c’était sa capacité à fédérer tant de jeunes issus de quartiers et de milieux différents autour d’une même passion.Le bac en poche, j’ai mis en suspens la pratique du rugby durant mes années en classes préparatoires. 

‘’la persévérance ou l’abnégation m’ont permis d’aller au bout de mon projet scolaire ‘’

Pour autant les valeurs que m’ont véhiculées ce sport, telles que la persévérance ou l’abnégation m’ont permis d’aller au bout de mon projet scolaire et d’intégrer l’Ecole Centrale Nantes. Depuis, où que j’aille, le rugby me suit, que ce soit à Nantes avec mon école ou en Argentine durant mon échange universitaire de 2 semestres avec l’Université de Buenos-Aires, dans la faculté d’ingénierie. J’ai en effet joué au rugby dans la ligue universitaire avec l’équipe de la faculté. Ça m’a permis de m’immerger complètement dans la culture locale, sinon on a tendance à trop rester entre étudiants internationaux. 

Le rugby en Argentine est un sport mineur amateur à 100%  pratiqué essentiellement par une élite fortunée et très éduquée.  Il vient loin derrière le football qui déchaîne les passions, plus populaire et  plus accessible que le rugby. Le rugby là-bas se révèle être un marqueur de niveau social qui draine les classes sociales aisées, quand le football aimante les moins favorisées. ‘’Buenos Aires est la ville au monde avec le plus de terrains de foot. J’ai vu très peu de terrains de rugby en comparaison.‘’

Ils savent qu’ils ne vivront pas de leur sport en Argentine

‘’A Buenos-Aires les joueurs de rugby sont souvent qualifiés de « cheto »: l’équivalent français serait ‘’bourge’’ ou’’ friqué ‘’. Les clubs locaux bâtis sur le modèle anglais regorgent d’étudiants. Ils savent qu’ils ne vivront pas de leur sport en Argentine. ‘’Le rugby est pratiqué à l’école (privée) puis à l’université. Il  n’y a pas de ligue professionnelle avec des joueurs sous contrat de travail à part l’équipe des Jaguares qui joue en SuperRugby avec les équipes australiennes et néo-zélandaises. Je pense qu’ils manquent  de moyens au niveau universitaire en tout cas de ce que j’ai pu voir‘’.


Au Canada, avec Rémi de Marassé,

‘’École et terrain sont pensés en synergie. ‘

Rémi De Marassé- 3ème ligne – équipe Première- Journaliste

 

‘’Aller à l’école ou  à l’université et continuer à jouer au rugby à bon niveau amateur est possible. Au début, c’est difficile parce qu’il faut trouver le rythme et l’organisation qui nous convient le mieux. Ça demande des efforts  mais  on se rend vite compte que cela donne un certain équilibre, qui nous permettra ensuite d’avancer sereinement. 

J’ai commencé le rugby assez tard, à mon entrée en classe de seconde. Par pur hasard, et par chance peut-être, je suis tombé dans une classe en horaires aménagés dans un lycée de Boulogne-Billancourt. Ça signifie que je finis les cours plus tôt, entre 13h et 16h selon les jours. Comme j’habite la même ville, et que les entraînements se déroulent au Saut du Loup, ça me laisse pas mal de temps pour faire mes devoirs. Ça s’est « corsé » à mon entrée en Terminale. les cours deviennent plus durs et les devoirs plus importants, d’autant plus que je suis en filière scientifique et que les maths et la physique ne sont pas mon point fort… Ça demande forcément plus de temps, même si je bénéficie toujours d’horaires aménagés. D’un autre côté, on perd le stade du Saut du Loup… On est baladé de stade en stade pour s’entraîner – Puteaux, Marnes-la-Coquette, Porte de Saint-Ouen. S’y rendre et en revenir demande plus de temps, notamment en transports, car à l’époque les copains avec un scooter ou une voiture sont rares. Alors forcément il faut jongler avec tout ça pour ne pas perdre pied à l’école et dans les devoirs. Ça demande quelques ajustements (souvent faits par les parents), mais c’est faisable. Ça demande quelques sacrifices aussi.

‘’Ça m’a surtout appris à compartimenter mon temps et faire en sorte d’être le plus efficace possible dans chacune de mes tâches.’

Mon bac en poche, j’ai eu la chance de partir étudier à l’étranger. En parallèle de mes études, j’ai intégré l’équipe de rugby de l’Université de Montréal. Et là c’est la surprise ! Alors que je m’attendais à un rythme semblable à celui que j’avais connu à l’ACBB – donc deux entraînements par semaine – je me retrouve à m’entraîner 4 fois par semaine, sur le terrain, plus la musculation. Le sport, dans le système scolaire anglo-saxon, n’est pas incompatible avec les études. Au contraire, école et terrain sont pensés en synergie. Pendant plusieurs années, mes journées se répartissent  entre les cours de journalisme, la musculation (avant les classes ou juste après, parfois les deux), les entraînements et les séances vidéo. Les étés au Québec étaient particulièrement chargés , les journées étaient longues et les nuits courtes. Les entraînements avec l’équipe universitaire pour préparer la saison qui débute en septembre, Les entraînements et les matchs le week-end avec mon équipe senior, quelques cours pour alléger mes sessions en automne et en hiver, et un job pour arrondir les fins de mois (et payer les soirées aussi, mais chut). Je le referais sans hésiter. Il  y avait 40 autres joueurs dans l’équipe, et plus de 400 jeunes « étudiants-athlètes » dans la même situation que moi sur le campus! Ça facilite les choses; ça a créé une certaine émulation. Ca demande juste de l’organisation et ça m’a surtout appris à compartimenter mon temps et faire en sorte d’être le plus efficace possible dans chacune de mes tâches. 

Aujourd’hui je suis de retour en France , à Paris  en contrat de professionnalisation de journalisme tout en jouant à l’ACBB, en seniors cette fois-ci. Avec la montée en Fédérale 2, l’implication demandée est plus importante, tout comme le temps alloué au rugby. On est passés à trois entraînements par semaine, sans compter la préparation physique à côté, parfois tu pars la veille d’un match parce qu’il y en a pour 6-7h de car… Il faut gérer tout ça sans pour autant le privilégier au détriment de ta vie professionnelle et de ta vie personnelle, ou de famille pour certains. Pour ma part, c’est devenu une habitude. Je ne me pose plus trop de questions.‘’


En Nouvelle Zélande ,avec Adrien Clouvel ,

‘’concilier le rugby, avec les études et même le travail, n’est pas du tout insurmontable bien au contraire, il m’a permis d’arriver à mes fins’’.

Adrien Clouvel- Demi d’Ouverture – équipe Réserve-manager sportif du Pôle Jeunes ACBB – Coach sportif

 

 

‘’Pratiquer le rugby à haut niveau en parallèle d’un parcours scolaire, puis professionnel, m’a permis de trouver un équilibre : prendre du temps pour mes études et vivre des moments super intenses sur le terrain, faire de multiples rencontres qui m’ont accompagné sur ce long chemin. C’est une stabilité qui permet de créer une rupture entre le professionnel et le personnel, et donc de rester motivé des deux côtés. C’est cette motivation qui fait qu’on y arrive, et qu’on ne lâche pas. Pour moi, concilier le rugby, avec les études et même le travail, n’est pas du tout insurmontable bien au contraire, il m’a permis d’arriver à mes fins.

J’ai mis du temps à trouver ma voie professionnelle. À 17 ans, j’entame un bac électrotechnique puis je commence à travailler dans le BTP. Ça va durer trois ans, et ça coïncide avec le temps où je joue à Cergy – une année junior et deux années en seniors. Pas trop convaincu par l’électrotechnique, je démissionne et je prends un virage à 180 degrés : je m’envole pour la Nouvelle-Zélande. Pendant un an, je commence des études dans le sport au New Zealand Institute of Sport (Health & Fitness personal trainer), et joue en espoir (moins de 21) en parallèle pour St Patricks College à Wellington. Mon emploi du temps est divisé entre les cours et le rugby, comme le système anglo-saxon le permet : 5 jours sur 7 nous avions musculation de 6h à 8h, puis nous allions suivre nos cours jusqu’à 13h, puis rugby de 15h à 17h avant de finir par de l’étude. L’année suivante, je traverse la Mer de Tasman – qui sépare la Nouvelle-Zélande de l’Australie – et j’atterris à Gold Coast, sur la côte est, au sud de Brisbane. J’y reste aussi un an, où je change de code : je passe du rugby à XV au rugby à XIII. Je décide de mettre à profit mon diplôme obtenu à Wellington en travaillant dans une salle de sport.

Lorsque je rentre en France, je pose mes valises à Boulogne et à l’ACBB. Je travaille dans une salle de sport – l’Esprit Club Fitness à Saint-Ouen-l’Aumône. À la fin de cette saison 2012-2013, après une blessure je décide de reprendre mes études, et pour cela je descends à Avignon. Là, je retourne au rugby à XIII et joue au SO Avignon XIII, qui est en Élite 1. C’est la première division de rugby à XIII en France, donc ça varie entre le professionnel et le semi-professionnel selon les clubs. Nous avions un entraînement collectif quotidien à 17h, le club mettait un préparateur physique à disposition des joueurs pour s’adapter à tous les emplois du temps. Lorsque je n’avais pas cours j’allais au stade pour mes séances de musculation, de lutte ou de récupération.

Quand arrive 2015, j’ai envie de profiter au maximum de la Coupe du Monde de rugby à XV – qui se déroule en Angleterre. Je pars à Londres où je travaille dans une salle de sport – le Balham Laisure Center (BLC) – et joue pour le club de Blackheath London, qui évolue alors en National – l’équivalent de la Nationale/Fed 1 en France. Après quelques semaines et plusieurs discussions avec les gérants, un partenariat se crée avec Blackheath : ça me permet de m’entraîner tous les jours avec les pros tout en continuant de travailler pour BLC. Je rentre fin 2016 à Paris.
Je lance alors mon activité de coaching sportif individuel et rejoue pour l’ACBB. En plus de mon job, je commence à entraîner les jeunes du club. 

Avance rapide en 2020. J’entame un DEJEPS Perfectionnement sportif. Une étape de plus dans ma carrière professionnelle, mais qui y trouve une place logique. Ça me permet ainsi de valider mes acquis et de parfaire ma formation, afin de constamment m’améliorer dans mon domaine. Parallèlement, je continue à jouer à l’ACBB, qui vient de monter en Fed 2, et je continue à entraîner les jeunes du club (moins de 16 ans).‘’


A PROPOS DU RUGBY EN ARGENTINE…

Pour passer pro , les joueurs les plus doués émigrent vers l’Europe (la plupart en Angleterre et en France).

Cette double carrière « J’ai mis six ans pour obtenir un bac +5 en sciences éco, à cause des tournées avec la sélection. J’ai essayé de profiter de mon statut d’international pour décaler mes dates d’examens, mais les profs n’avaient rien à cirer du rugby! Mais quand je jouais encore, lors des longues tournées, on se retrouvait à partager de très intéressantes conversations éloignées du rugby » déclare Gonzalo Quesada  qui obtiendra encore en 2010  un diplôme en préparation mentale à l’université de Clermont-Ferrand. (Source JDD papier 20 nov 2010)

Les Pumas , meilleure équipe d’Amérique, participe tous les quatre ans à la coupe du Monde est sans conteste la sélection qui compte le plus important bagage universitaire.

le rugby en prison comme clé contre la récidive

Pour les détenus de la prison de haute sécurité de San Martin, près de Buenos-Aires, le rugby est un instant de liberté, une manière de canaliser l’agressivité et les autorités judiciaires constatent qu’il minimise la récidive. ( source Le Point Sport 21/06/2017)


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